“Aithō, je brûle” est un conte photographique mettant en scène la disparition d'une figure humaine dans l'immensité de paysages volcaniques.
Ce conte transpose une expérience de déréalisation que la photographe a vécue à l'adolescence. Ce trouble dissociatif étant la sensation d’être détaché de son environnement et de son propre corps, Adeline Care a ainsi développé une esthétique de l’effacement et du flottement à travers des changements climatiques capturés en haute altitude.
La photographe commence ainsi cette narration photographique par l'errance d'une figure humaine à la surface d'une terre devenue volcanique. Tout le travail de cette première partie vise à retranscrire la perte de la matérialité que l'artiste a pu ressentir. Jouant des pertes d’échelle, des variations brumeuses et des aplats de textures offerts par l’Etna, elle traduit des paysages mentaux préfigurant tragiquement le retour inéluctable de la terre à ce qu’elle était des milliards d’années plus tôt : une sphère de roches et de gaz.
L’ensevelissement progressif du personnage au cœur des souterrains basaltiques marque la fin de ce flottement. Se pétrifiant dans le magma, la figure humaine donne ainsi corps à ce retour au minéral. Par cette métamorphose, elle transcende son angoisse de la disparition en explorant la possibilité d’un monde inorganique. À l’instar de cet alter ego, elle tente d'appréhender l’existence dans des perspectives non-vitales; photographiant la matière pour ce qu'elle est, dans une temporalité géologique, espaçant chaque image de milliers d’années.
Les paysages de grotte deviennent alors le lieu d’un voyage métaphysique entre les tréfonds de la terre et de l'âme. Le rouge envahit l’image. Le personnage ne brûle plus, il est devenu lui-même feu. Une force sans vie, comme celle de l’Etna, lieu des photographies de la série, dont l'étymologie latine “Aithō” signifie “Je brûle”.


